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Après le Raïs, nous doutons fort que les révolutionnaires attendent un Pharaon à la tête de l’Egypte

Posted on 12/06/12 by User_image_bgRodrigue Koffi

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Depuis quelques jours, l’Egypte vit un regain de violence, avec des affrontements ce mercredi 5 décembre entre pro et anti-Morsi (le Président). 7 personnes ont perdu la vie, sans oublier la centaine au moins de blessés.

Pour rappel, en plus de cumuler les pouvoirs exécutif et législatif (suite à la dissolution du parlement par le conseil constitutionnel), le président Morsi a pris le 22 novembre dernier un décret renforçant ses pouvoirs déjà exorbitants. Ce décret, qu’il qualifie de "temporaire", le place au-dessus de l’ordre judiciaire et empêche que ses décisions soient contestées devant la justice. Profitant de son nouveau statut, il a fait adopter par l’Assemblée constituante (dont la question de la légalité demeure) un projet de constitution qui sera soumis à référendum le 15 décembre prochain. L’opposition et une partie de la population ont donc décidé de ne pas laisser faire ce qu’ils considèrent comme une mascarade.

Selon France 24, « outre les laïcs et les jeunes révolutionnaires, c’est le Front de salut national qui est en première ligne contre le pouvoir. Il appelle, en effet, à la désobéissance civile pour lutter contre ce qu'il considère comme une tentative de "kidnapping" du pays au détriment du peuple ». Mais le Président Morsi reste ferme et bande les muscles, avec l’entrée en scène (pour le moment à titre préventif et dissuasif) de la garde présidentielle. Pire, dans la soirée du jeudi 6 décembre 2012, il estime que cette contestation est le fruit de personnes qui auraient été payées pour déstabiliser le pays. Rien pour tenter de comprendre et vraiment rassurer les personnes inquiètes. Mais à quoi joue donc le président égyptien ?

En 2011, "La Voix des Jeunes" a consacré de larges espaces à cette vague de protestations qui a affectée (et affecte dans une certaine mesure aujourd’hui encore) le Maghreb et une partie du Moyen-Orient. Qualifiés de "Printemps arabe", ou encore la "Révolution du Jasmin", ces mouvements étaient guidés par des revendications longtemps mises en sourdine qui ont été courageusement (re)mis sous les feux des projecteurs dès fin 2010.

Dans l’une de nos contributions sur ce sujet, nous avions précisé que cette(ces) révolutions(s) étai(en)t pilotée(s) par « des populations civiles, hommes et femmes, mais essentiellement des jeunes (diplômés sur le carreau, des sans-emplois, et surtout des étudiants) qui descendent quotidiennement dans les rues, établissent bien souvent leurs QG sur des places symboliques dans l’histoire de leurs pays respectifs, pour exprimer leurs mécontentements, leurs espoirs perdus, les promesses non tenues, la mauvaises répartition des richesses nationales ; et réclamer la fin des régimes dictatoriaux marqués par des situations d’état d’urgence en vigueur depuis de nombreuses années : bref, demander, sinon exiger un nouvel ordre politique marqué par la démocratie, le respect des libertés individuelles et une meilleure justice sociale. »

Le projet de constitution tient-il vraiment compte de ces aspirations ? Pas vraiment, si nous nous en tenons à l'analyse de Madame Sophie Pommier, spécialiste de l'Egypte. Dans une interview accordée au journal Libération, elle note que dans ce texte « [les salafistes] ont obtenu ce qu’ils voulaient. Au-delà de l’article 2 qui continue à faire de la charia la «principale source de législation», le danger du texte vient du fait que beaucoup d’articles sont très flous, donc ouverts à toutes les interprétations. Cela est d’autant plus inquiétant que l’interprétation de la charia sera laissée à l’appréciation de l’université Al Azhar, une institution religieuse qui n’est pas élue. Auparavant, c’était la Cour constitutionnelle qui statuait sur la question, de manière assez libérale.
Le texte supprime par ailleurs tout contre-pouvoir. »

Peu importe les intentions du président égyptien, Madame Sophie Pommier précise que « la manière de faire, le cadre qui est en train de se mettre en place, sont vraiment inquiétants. »

Pour notre part, qui suivons avec inquiétude la situation actuelle, nous estimons qu’en obtenant le départ du raïs Moubarak, les révolutionnaires du jasmin n’attendent pas qu’un pharaon se substitue à lui. Vraiment pas ! Alors attention à un faux pas inutile.

@Photo de Nihard importée de Flickr.com

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  • in the not-too-distant future, by a New User: