« C’est Dieu qui donne les enfants »
Depuis le 31 octobre 2011, nous sommes officiellement sept milliards de personnes sur terre. Mais pour Ban Ki-Moon, Secrétaire Général de l’ONU, comme le note Afrik.com, au-delà du chiffre, ce sont « sept milliards de personnes [qui] ont besoin de nourriture, d’énergie, d’offres intéressantes en matière d’emplois et d’éducation ».
L’Afrique, où le taux de croissance est le plus élevé au monde, compte plus d’un milliard d’habitants depuis 2009 ; certainement deux milliards d’ici 2044. Avec l’insuffisance alimentaire et la pauvreté qui touchent ce continent (n’oublions pas les émeutes alimentaires de 2008), ce n’est pas une bonne nouvelle.
Cette croissance "incontrôlée" s’explique en partie par le faible engagement des Etats en faveur du planning familial. A cela s’ajoute cette conception culturelle selon laquelle « ce serait Dieu qui donne les enfants ». Conclusion : de nombreux enfants n’ont pas accès aux services sociaux de base et/ou finissent dans les rues de nos villes.
En 2007, Sandrine Dékens, une ethnopsycholoque et psychothérapeute française, a publié l’article " Logiques sorcières : lorsque les accusations s’emballent", sur la situation des enfants des rues et la sorcellerie à Kinshasa, en République Démocratique du Congo (RDC). On y lit qu’en octobre 2006, 13 877 enfants âgés de 0 à 18 ans, vivaient et travaillaient dans les rues de Kinshasa. Ils étaient 15 694 si l'on inclut les moins de 21 ans.
Sandrine Dékens relève que « Les enfants des rues peuvent ainsi avoir été abandonnés par leur famille, jetés à la rue, rendus orphelins, ou être partis d’eux-mêmes tenter l’aventure de la rue lorsqu’ils s’aperçoivent que leurs parents ne peuvent assurer la charge financière qu’ils représentent ». A cela s’ajoute l’impact du VIH/sida et les accusations de sorcellerie.
Selon cette dernière, «certains parents trop pauvres, des marâtres insatisfaites, des frères et sœurs jaloux, utilisent les accusations [de sorcellerie] pour se débarrasser d’un enfant considéré comme encombrant et dont ils ne veulent/peuvent plus assurer la charge ». Elle conclut que « l’accusation de sorcellerie est alors une forme socialement acceptable pour justifier le rejet d’un enfant ».
Les conditions de vie des enfants dans les rues de Kinshasa restent aussi déplorables et caractérisées par un dénuement matériel extrême et l’exposition à une violence quotidienne. Privés de la protection des adultes et de soutien familial, ils n’ont pas accès à l’alimentation, au logement et aux soins sociaux. Vivant dans l’incertitude permanente, ils sont exposés à de nombreux risques de sévices sexuels, physiques et affectifs de la part des enfants plus âgés, des adultes des rues, et également d’autres adultes qui les maltraitent et les exploitent ».
Autre lieu, autre réalité. Le Sénégal et « ses enfants talibés ». Lorsqu’on arrive à Dakar, la capitale, on est frappé par ces nombreux enfants se promenant(mendiant serait le terme approprié) avec une boîte de tomates dans les mains. Les talibés sont en fait des enfants de familles pauvres qui, ne pouvant s’occuper de ceux-ci, sont remis à des marabouts afin d’assurer leur éducation. A Dakar, les marabouts sont de véritables dieux pour les membres de leurs différentes confréries.
Ce qui est révoltant, sans vouloir juger cette pratique culturelle, c’est que ces marabouts ont eux le plus souvent leurs enfants dans les grandes écoles sénégalaises, voire même en Europe ou en Amérique.
Selon Nteranya Sanginga, directeur général désigné de l’Institut International de l’Agriculture Tropicale (IITA), seule une recherche intensive et pertinente en agriculture pourrait contribuer à nourrir une population qui ne cesse de croître. Sans cela, note t-il, « nous risquons d’être plongés dans une situation de guerre, une guerre de nourriture et d’espace » en Afrique Centrale.
Alors, certes, c’est Dieu qui donne les enfants. Mais je pense savoir que c’est l’homme qui demande.
Comments