"Ecoutez davantage vos peuples!"
Les 29 et 30 janvier 2012, le 18e sommet de l’Union Africaine s’est tenu à Addis-Abeba, capitale de l’Ethiopie, pays siège de l’organisation panafricaine. L’un des éléments ayant marqué ce 18e sommet a été l’inauguration du nouveau siège de l’organisation, d’une valeur de 200 millions de dollars (154 millions d’Euro), offert par la République populaire de Chine. Nous retiendrons également l’échec d’un sommet dont les principaux points à l’ordre du jour (dont l’analyse de la situation politique à Madagascar et le cas de l’ancien président tchadien, Hissène Habré) ont été phagocytés, sinon éclipsés par l’étalage des profondes divisions des dirigeants et même du continent africain au cours de l’élection du Président de la Commission de l’Union. L’intérêt général n’a malheureusement pas primé sur les intérêts diplomatiques, voire même régionalistes. On était en droit d’espérer une meilleure image que ça !
Mais bon, ce qui nous intéressera ici sera essentiellement l’intervention du Secrétaire Général de l’ONU le Samedi 29 janvier. Ban Ki-Moon a lancé un appel pressant pour la consolidation des droits politiques et économiques sur le continent. S’adressant aux dirigeants africains, le Secrétaire Général leur a rappelé que "la déclaration universelle des droits de l’homme est une promesse faite à tous les peuples à tout moment et partout dans le monde".
Monsieur Ban Ki-Moon n’a pas manqué de faire mention dans son intervention de la "Révolution du Jasmin" dont les effets restent encore vivaces dans les pays directement affectés sur le continent, mais aussi qui envoie un message clair aux autres dirigeants africains. Ce message, Ban Ki-Moon l’a clairement exprimé : "Ecoutez davantage vos peuples".
Oui, les dirigeants africains, avec la chute des raïs égyptien (Hosni Moubarak), tunisien (Ben Ali) et libyen (Mouammar Kadhafi) et du fait des mouvements de protestation qui ont frappé leurs différents pays, doivent savoir que la manière de gérer le pays dont ils ont la charge n'est pas d'ignorer la volonté de la majorité.
S’il est un dirigeant à qui ce message s’adresse aujourd’hui directement mais pas personnellement bien entendu, puisqu'il était absent à Addis-Abeba, c’est incontestablement le président sénégalais, Abdoulaye Wade. Agé de 86 ans, la Cour Constitutionnelle du Sénégal vient de l’autoriser, à se présenter aux élections présidentielles du 26 février prochain pour la troisième fois et après 12 ans au pouvoir. L’autorisation de cette candidature, plus que contestée par l’opposition et une écrasante majorité de la société civile sur le plan légal, et peu souhaitée dans beaucoup de chancelleries étrangères, a fait grimper la tension dans ce pays.
Nous inscrivant dans la logique de notre article demandant au Président Wade de réfléchir sur la possibilité de ne pas être candidat, nous venons lui dire : « écoutez votre peuple » et le monde qui s’inquiète.
© UNICEF/NYHQ2009-0214/Glenna Gordon -Liberia, 2009
Rodrigue 