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L’Europe doit-elle accueillir les migrants de la Révolution du Jasmin?

Posted on 05/08/11 by Rodrigue Koffi

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Nous l’avons déjà écrit, et certainement d’autres mieux que nous : née après que Sidi Bouzid se soit immolé le 17 décembre 2010 en Tunisie, et véritable vent de contestation qui secoue depuis lors les pays maghrébins et le Moyen-Orient, la « Révolution du Jasmin » est un processus qui changera forcement le monde arabe quel que soit l’issue dans chacun des pays touchés. Aujourd’hui encore, la situation reste critique dans certains d’entre eux : persistance de la répression barbare et annonce d’un malheureux ultimatum de quinze jours lancé aux manifestants par les autorités en Syrie, refus du Président Saleh au Yémen de signer comme président l’accord à lui proposé par les pays de la région pour une fin pacifique, enlisement de la situation en Libye.

Mais absolument rien ne semble affaiblir la détermination des populations, les jeunes en tête, à conduire jusqu’à son terme cette révolution afin d’aboutir au but visé par ces vagues de protestations sans précédents : un véritable changement de régime et l’arrivée d’un nouvel ordre politique et social dans la région.

Au-delà des différents développements dans les pays touchés, la Révolution du jasmin fait naître un autre combat dans son sillage : celui de la conquête de l’ « eldorado européen ». Les violents combats, les nombreux pillages, la fermeture des universités et autres entreprises causant une montée du chômage et du nombre de jeunes sans occupation pouvant leur rapporter de quoi aider leur familles à vivre décemment, la dégradation de la situation économique, la situation humanitaire inquiétante, … poussent les populations à fait le choix de l’exode vers le vieux continent : l’Europe. Depuis janvier 2011, et quotidiennement, ils sont nombreux ceux qui décident de quitter la terre de leurs ancêtres tout en espérant avoir de l’autre côté de la méditerranée la possibilité de réaliser leurs rêves.

Leur première escale est l’île italienne de Lampedusa, situé entre Malte et la Tunisie. Aujourd’hui, ils sont plus de vingt-cinq mille, essentiellement des jeunes et arrivant pour la plupart de Tunisie et de Lybie, qui viennent taper aux portes de l’Europe. Comme beaucoup de leurs concitoyens africains qui, bien souvent au péril de leur vie, tentent régulièrement de gagner par tous les moyens cette partie du monde, les « migrants de la révolution » espèrent avoir accès à cette partie du monde où tous les rêves sembles possibles de l’extérieur. Mais les choses ne sont pas si faciles.

Face au flux important de ces migrants clandestins, le gouvernement italien a au départ décidé de leur octroyer, à partir du 7 avril 2011, des permis de séjours temporaires pour protection humanitaire. Permis qui leur permettent de voyager dans tout l’Espace Schengen. Il s’agit d’un espace de libre circulation comprenant aujourd’hui vingt-cinq pays : vingt-deux membres de l’Union Européenne (la Bulgarie, la Roumanie et Chypre non compris), en plus de la Suisse, de l’Islande et de la Norvège. La France a vivement réagi face à cette démarche de son voisin italien, affirmant qu’elle n’entendait "pas subir une vague d’immigration". Il faut dire que la grande majorité de ces migrants clandestins veulent surtout se rendre en France où beaucoup ont de nombreux parents, proches ou autres connaissances.

Mais après un sommet bilatéral de haut niveau entre le Président français (Nicolas Sarkozy) et le Président du Conseil italien (Silvio Berlusconi) le 26 avril dernier, la décision d’amender le traité de Schengen a été adoptée. Les deux pays, surtout la France (initiatrice de ce mouvement), veulent autoriser les Etats membres de cet espace à restreindre le principe de la libre circulation et à établir des contrôles aux frontières nationales lors de circonstances exceptionnelles. Cette position de la France a provoqué de nombreuses réactions dans le pays, surtout du côté des associations de défense des droits de l’homme ou d’aides aux migrants et des partis de l’opposition. Tous condamnent un manque de solidarité des responsables français et dénonce une attitude que certains qualifieront d’irresponsables, et d’autres de faire le jeu de l’extrême droite.

Une question se pose donc : faut-il « accueillir » ces migrants de la révolution du Jasmin ? Sans tomber dans la polémique, nous pensons que la réponse est en deux étapes. Tout d’abord, face à l’urgence et à la réalité que nous savons dans les pays d’origine de ces personnes, il est indispensable que les pays européens face jouer le principe de solidarité internationale. Ces gens doivent être secourus et assistés dans les meilleures conditions possibles. Ensuite, pouvons-nous demander, voire exiger que ceux-ci régularisent à bout de bras la situation de ces milliers de personnes qui continuent d’affluer à Lampedusa chaque jour afin de leur permettre, pour ceux d’entre eux qui le veulent (certainement 90% au moins), de refaire leur vie en Europe ? Ce serait idéal pour tout ce monde mais ne soyons pas hypocrites. Ces populations qui ont fui leur pays de résidence habituelle d’avant la révolution sont et restent malgré tout des migrants clandestins. S’il doit avoir régulation de leur situation et que celle-ci se fait au cas par cas, il n’y a rien de vraiment choquant. Si les autorités des différents Etats européens concernés décident de renvoyer dans leurs pays d’origine l’immense majorité d’entre eux, bien évidemment si la situation locale le permet et dans le strict respect de la personne humaine que chacun représente, nous n’avons pas à en rougir. Ces pays ont aussi à faire face à de nombreux défis au quotidien et il faut admettre qu’ils sont en droit de mener une politique d’immigration spécifique à leurs réalités, même si nous pouvons souvent en contester certaines modalités. Tel est notre point de vue.

Creative Commons. Protester tribute to Mohamed Bouazizi

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