Mort d’Oussama Ben Laden : les Etats-Unis peuvent-ils réellement tourner la page du 11 septembre 2001 ?
« U-S-A ; U-S-A » (Vive les Etats-Unis, vive les Etats-Unis) ou encore « Obama got Oussama » (Obama a eu Oussama). Voici entre autres les slogans qu’on pouvait entendre dans la nuit d’hier dans plusieurs rassemblements spontanés dans le pays de l’oncle Sam devant les grilles de la Maison Blanche à Washington, à Times Squares ou autour de la très symbolique zone de Ground Zero (l’ancien emplacement des tours de World Tour Center) à New York. La nouvelle s’est répandue comme une trainée de poudre jusqu’à ce qu’avant minuit le Président américain lui-même, Barack Obama, confirme l’information : Ben Laden est mort.
Il a été tué lors d’une intervention des forces spéciales américaines dans une localité située à quelques dizaines de kilomètres au nord d’Islamabad (capitale du Pakistan). Même si aucune preuve formelle n’a encore été apportée, en dehors des tests ADN qui viennent de confirmer qu’il s’agit bel et bien de Ben Laden, cette mort met fin à une traque qui dure depuis dix ans.
Le mardi 11 septembre 2001 marquera encore longtemps le monde entier et le peuple américain en particulier. A 8h56 mn et 9h14 mn (heures locales côte Est) deux avions de ligne détournés viennent s’écraser à New York dans les deux Tours jumelles, symbole de la puissance économique des Etats Unis : le Word Trade Center. Ces tours s’effondreront une heure plus tard dans un immense nuage de poussière qui persistera durant des jours. Deux autres avions échoueront le même jour respectivement sur le Ministère de la défense, Le Pentagone, et dans une vallée de l’Etat de Pennsylvanie suite à la lutte des passagers avec les pirates : c’est le vol 93. Plus de 3000 personnes vont perdre la vie dans cette attaque sans précédent des Etats-Unis sur son propre territoire.
Trois jours plus tard, en visite sur le terrain, le Président Bush dira cette phrase : « je vous entends, le monde entier vous entend et ceux qui ont mis ces tours à terre vont entendre parler de nous » : c’est le début de la guerre contre le terroriste. Et comme ennemi public N° 1 : Oussama Ben Laden, chef du Réseau terroriste Al-Qaïda qu’il crée en 1988, instigateur de cette attaque en plein cœur des Etats-Unis, après ceux contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie quelques années avant. Depuis environ dix ans, les Etats-Unis ont eu quelques succès dans leur « combat contre le terrorisme ».
Mais ce combat a surtout été marqué par des milliers de morts de soldats américains et de ses alliés dans des guerres en Irak et en Afghanistan, des bavures ayant à la fois causé la mort de nombreux civils et contribué à un niveau très élevé de l’anti-américanisme, surtout dans les pays arabes. La mort du terroriste le plus célèbre du monde (Ben Laden) est donc la véritable victoire des américains depuis 2001.
Mais après l’émotion de la mort de Ben Laden salué par la communauté internationale, l’Iran et le Hamas non compris et ce n’est pas vraiment une surprise, il faut revenir à la réalité. La mort de Ben Laden ne signifie pas la fin du terroriste. La menace terroriste était élevée bien avant cette mort et va certainement s’accroître dans les jours à venir. La vigilance est de mise et les différents responsables politiques et militaires du monde entier qui se sont prononcés ont montré qu’ils en sont conscients.
Hillary Clinton, Secrétaire d’Etat américain, lors d’un point de presse tenu ce lundi en fin de matinée (heure côte Est) dira qu’Il est « presque certain » que les terroristes tenteront de venger Ben Laden. C’est dans cette même dynamique que s’inscrit Tarek Farhat, journaliste et écrivain qui a eu l’occasion d’interviewer Oussama Ben Laden au Soudan en 1999, qui sur le plateau d’une télévision française vient d’affirmer qu’il pense que la mort de Ben Laden, et surtout le fait qu’il ait été inhumé en mer, pourrait renforcer la détermination des réseaux djihadistes et conduire à des représailles.
Tourne-t-on la page du 11 septembre 2001 ? Nous croyons qu’il est difficile de le dire. Les nombreux rassemblements spontanés de ces milliers de personnes pour célébrer la mort de Ben Laden montrent à quel point cette nouvelle était attendue par le peuple américain, surtout la population new yorkaise. Mais soyons objectif ! Elles sont certainement les plus nombreuses parmi les familles des victimes du 11 septembre celles qui voulaient qu’on leur explique le pourquoi de ces attentats et peut-être espéraient un semblant d’excuse de leurs bourreaux. Cela supposait que Ben Laden soit arrêté vivant et traduit devant des tribunaux.
Ce qui n’arrivera jamais. En plus, il ne faut pas oublier que le projet de construction d’un centre islamique sur l’ancien emplacement des deux tours jumelles à Ground Zero reste fortement contesté. Comme nous le constatons, dix ans après et malgré la mort de son instigateur aujourd’hui, La blessure occasionnée par l’attentat du 11 septembre 2001 a laissé une grande cicatrice qui semble sensible pour longtemps encore.
Photo Oussama Ben Laden (Source: Wikimedia Commons)

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