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Pour un enfant, la guerre c’est l’esclavage

Posted on 05/09/11 by Rodrigue Koffi

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Les dernières estimations de l’UNICEF restent inquiétantes et révoltantes. Ce sont plus de trois cent mille enfants, et donc des personnes âgées de moins de dix-huit ans selon l’Article premier de la Convention relative aux Droits de l’Enfant, qui sont toujours engagés dans plusieurs conflits armés. Par engagés il faut comprendre qu’ils sont des soldats, armés, conditionnés pour tuer, mais aussi transformés en esclaves sexuels, cuisiniers, …. Beaucoup de ces enfants soldats le sont devenus après avoir été recrutés par les différentes parties en conflit (gouvernement et forces rebelles) sur l’effet de la force ou sous la menace de représailles.

Malheureusement nous avons aussi ceux qui, après avoir été victime du conflit (proches assassinés ou violentés, villages pillés, …) ou chez qui la haine contre l’autre a été développé, ont décidé de s’engager avec pour seul slogan : si je ne les tue pas, ce sont eux qui me tueront. Dans tous les cas ce sont actuellement plus de trois cent mille enfants qui ne peuvent pas s’amuser, à qui on refuse la nécessité d’apprendre à lire et à écrire, à qui des adultes volent chaque jour l’enfance et la possibilité de se construire des repères qui les aideront à grandir plus facilement dans un monde de plus en plus dur et peu solidaire.

Le plus important n’est malheureusement pas de les sortir des lignes de front, ni de leur prendre leurs armes. C’est celui de les encadrer, de les former, de les aider à se reconstruireafin qu’ils redeviennent des civils et se considèrent eux même comme tel, rejettent la violence qu’ils ont développés comme moyen d’expression et qu’ils ne retournent pas dans les rangs des combattants à la première difficulté. Il s’agit là d’un travail long et difficile mais que de nombreuses organisations, et toutes les personnes qui les composent, réalisent quotidiennementsur le terrain.

Malgré toute ces difficultés, ils sont nombreux ces anciens enfants soldats qui aujourd’hui ont une seconde chance pour se préparer un meilleur avenirmais aussi à leurs différentes communautés, loin des armes à feu. Certains d’entre eux s’engagent même dans l’action pour la fin de ce phénomène et pour l’aide à d’autres enfants soldats. Parmi eux, figure Ishmael Beah.

Ancien enfant soldat en Sierra Leone, il a écrit "[Le chemin parcouru : mémoire d’un enfant soldat]" (http://www.ishmael-beah.fr/site/accueil_site_ishmael_beah_&600&isb01.html), un livre très fort en émotion dans lequel il partage son histoire. Au-delà des passages très durs de sa vie de soldat, mais aussi de scènes plus digestes (tel celle où ses cassettes de RAP lui sauvèrent la vie ainsi que celle de ses amis), au-delà des souffrances personnelles (perte de la trace de ses parents, mort de l’oncle qui l’a accueilli après sa réinsertion dans la vie civile), ce livre-témoignage donne aussi au lecteur une idée des difficultés que rencontrent les Animateurs d’un Centre d’accueil d’ex-enfants soldats, puis montre la détermination et la patience dont ils font preuve dans l’accomplissement de leur travail.

Co-fondateur du Réseau des Jeunes Affectés par la Guerre, membre actif de Human Rigths Watch pour les questions relatives aux droits des enfants, Ishmael Beah est aujourd’hui Défenseur pour l’UNICEF des enfants affectés par la guerre. C’est dans ce cadre qu’il s’est rendu en juin 2010 à N’Djamena (capitale au Tchad) où il a assisté à une [Conférence régionale sur l’abolition du recrutement et l’utilisation des enfants soldats] (http://www.unicef.org/french/protection/chad_53966.html). En visitant l’un des centres de transit pour ex-enfants soldats, un groupe de jeunes garçons lui demanda de transmettre ce message au monde entier : « Pour un enfant, la guerre c’est l’esclavage ». Que pouvons-nous dire d’autre et qui pourrait mieux exprimer la réalité de ce qu’est la guerre pour les enfants qui la vivent de l’intérieur ? Pas grande chose en tout cas.

Aujourd’hui encore, la question des enfants soldats montre que le plus important défi de la protection des Droits des enfants n’est pas de signer ou ratifier les différents protocoles, conventions, déclarations sur les Droits de l’homme en général, et ceux des enfants en particuliers. C’est d’abord et avant tout les efforts que chacun fait pour une meilleure application de leur contenu. Et ce boulot chacun doit y contribuer au mieux. Le premier pas c’est d’en parler et dire que « Enfants » et « soldats » sont deux mots qui ne vont pas ensemble. C’est ce que nous essayons de faire ici.

© UNICEF/NYHQ2010-1153/Olivier Asselin // le 10 juin 2010, un enfant dessine un véhicule militaire dans un centre de transit et d’orientation pour les anciens enfants soldats à N’Djaména (Capitale du Tchad). Il s’agit d’un centre dirigé par l’ONG Care International et bénéficiant du soutien de l’UNICEF.

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